En résumé Identifier les secteurs les plus exposés à la fraude documentaire n’est plus une précaution théorique : le phénomène représente plus de 65 milliards d’euros de pertes annuelles en France, soit 2,5 % du PIB national. Pire, les fraudes numériques ont bondi de 244 % entre 2023 et 2024, portées par la démocratisation de l’IA générative. Le deuxième rapport de l’Observatoire Tessi de la fraude documentaire, fondé sur des entretiens avec des experts de terrain indépendants, identifie quatre domaines particulièrement vulnérables et une mutation profonde de la menace. Faux documents : de quoi parle-t-on ? La falsification de documents désigne toute contrefaçon ou usage détourné d’un document destiné à tromper une organisation : justificatif de domicile, avis d’imposition, bulletin de salaire, pièce d’identité, RIB, extrait Kbis ou facture. Elle sert de porte d’entrée à des délits plus larges : usurpation d’identité, escroquerie, blanchiment ou fraude aux aides. Le phénomène s’est banalisé : 10,8 % des Français admettent avoir déjà utilisé de faux documents, avec un taux de réussite préoccupant de 73 %. Longtemps manuelle, la fraude s’industrialise grâce aux outils numériques, ce qui la place au cœur des préoccupations des directions conformité, risques et KYC (Know Your Customer). Un phénomène systémique pour l’économie française Aucune organisation n’est à l’abri : 69 % des entreprises françaises ont déjà été ciblées par une tentative de fraude documentaire, un taux qui grimpe à 91 % pour les grandes entreprises. En réaction, 80 % d’entre elles ont mis en place des cellules anti-fraude. Au-delà du préjudice financier, une fraude non détectée expose aussi l’organisation à un risque de réputation durable auprès de ses clients et partenaires. La menace dépasse le cadre privé : la part de la fraude documentaire dans la fraude fiscale est estimée à 60 milliards d’euros. Pour documenter ce fléau, Tessi a créé l’Observatoire Tessi de la fraude documentaire, qui cartographie les fraudes par secteur, assure une veille continue et anime un réseau d’experts indépendants issus de la Banque de France, de la Cnam, de Groupama ou du barreau. Une menace qui change d’échelle… et de nature Le phénomène s’aggrave sur tous les fronts. En assurance, l’ALFA a détecté 903 millions d’euros de fraudes en 2024, en hausse de 30 % sur un an, pour un coût réel estimé à 2,5 milliards d’euros. L’Assurance Maladie a stoppé un montant record de 723 millions d’euros en 2025. Au-delà des chiffres, c’est la banalisation qui frappe : 13 % des Français déclarent avoir déjà falsifié un document. La barrière morale s’est déplacée, et la barrière technique s’est effondrée avec la démocratisation d’outils permettant la modification ou la production d’un justificatif en quelques clics. Les 4 secteurs les plus exposés à la fraude documentaire L’assurance, cible privilégiée des réseaux organisés Le secteur assurantiel subit environ 2,5 milliards d’euros de préjudice par an. Les experts alertent sur la professionnalisation des fraudeurs, qui montent des dossiers entiers plutôt que de falsifier une pièce isolée. La fraude y devient un enjeu juridique : elle interroge la formation du contrat, l’appréciation du risque et la charge de la preuve. Fait notable, 20 % des assurés français déclarent avoir déjà falsifié au moins un document demandé par leur assureur. La banque, en première ligne face au risque de fraude Le secteur bancaire enregistre près d’ 1 milliard d’euros de pertes annuelles. Ouvertures de compte, crédits, détournements de RIB : les points d’entrée sont nombreux. Un chiffre résume le risque de fraude : 17 % des Français connectés (et plus de 20 % des moins de 35 ans) ont déjà falsifié un document pour ouvrir un compte ou obtenir un crédit. Le contrôle documentaire y est au cœur des processus KYC et LCB-FT. La santé, entre faux arrêts de travail et usurpations Dans la santé, la fraude aux cartes Vitale et aux ordonnances pourrait atteindre 2,4 milliards d’euros d’ici 2027. Faux arrêts de travail, fausses factures et usurpations d’identité constituent les enjeux majeurs. Signe de gravité, les 723 M€ détectés en 2025 ne représenteraient qu’un tiers de la fraude réelle. La rénovation énergétique, terrain de la fraude aux aides Portée par les aides publiques, la rénovation énergétique s’impose parmi les secteurs les plus touchés. Faux devis, factures falsifiées et montages autour des subventions y prospèrent, souvent adossés à des sociétés éphémères. Pourquoi ces secteurs concentrent-ils la fraude ? Ces quatre secteurs partagent une même vulnérabilité : ils traitent de gros volumes de documents à forte valeur dans des parcours rapides. Cette combinaison, volume élevé, enjeux financiers, contrôle sous contrainte de temps, en fait des cibles de choix. Mais aucun secteur n’est épargné : la location immobilière l’illustre, avec 23 % des dossiers comportant au moins un élément falsifié en Île-de-France. De la fraude documentaire à la fraude au processus C’est l’enseignement central du rapport : les organisations font désormais face à des dossiers complets mêlant pièces authentiques, déclarations trompeuses et identités détournées. Le défi n’est plus de savoir si un document est vrai ou faux, mais d’apprécier la cohérence globale d’un dossier : identité, circonstances, justificatifs et historique. L’IA face à la fraude : menace et bouclier Face à ces schémas, l’IA joue un double rôle. Elle facilite la création de faux contenus, le phishing et les deepfakes : un rapport Signicat révèle que 42,5 % des fraudes du secteur financier sont générées par l’IA, avec un taux de réussite de 29 %. Les experts estiment toutefois qu’elle reste un accélérateur plus qu’un faussaire autonome. Symétriquement, l’IA devient l’arme des organisations pour détecter anomalies et signaux faibles. Analyse et vérification des documents : les nouveaux réflexes Face à la sophistication des fraudes, l’analyse ne peut plus être uniquement visuelle. La vérification moderne combine extraction intelligente des données, contrôle de cohérence intra- et inter-documents, et croisement avec des référentiels externes. C’est cette approche outillée qui permet de repérer une falsification de documents invisible à l’œil nu, tout en préservant la fluidité du parcours client. La détection de fraude augmentée par Tessi SMARTCONTROL La détection de fraude repose aujourd’hui sur des plateformes spécialisées. Tessi SMARTCONTROL orchestre le meilleur des technologies selon trois niveaux de services paramétrables selon la criticité de chaque parcours : Extraire et analyser : reconnaissance automatisée de l’information sur tout type de document, au service des processus KYC et KYB. Reconnaître, vérifier et authentifier : vérifications approfondies via l’Open Data, la blockchain ou le 2D-DOC. Détecter et protéger : le module FRAUD DETECTOR analyse instantanément les attributs techniques et graphiques d’un document. En améliorant le taux de détection tout en automatisant les contrôles, la solution répond au nouvel enjeu : repérer la fraude cachée dans la cohérence apparente d’un dossier. Prévention : la technologie détecte, l’humain décide La meilleure prévention combine outils et expertise. Le rapport résume l’équilibre en une formule : « la technologie détecte, l’humain décide ». Concrètement, les cas complexes ou à fort enjeu gagnent à être soumis à une double validation : automatisée puis humaine, afin de sécuriser la décision sans ralentir les dossiers simples. La formation des équipes et la connaissance métier restent irremplaçables. Vers une lutte plus collective Enfin, aucun dispositif n’est pleinement efficace isolément. Le rapport insiste sur le partage d’informations entre acteurs, encore freiné par le secret professionnel, alors que les fraudeurs opèrent sans frontières sectorielles. Le futur portefeuille d’identité numérique européen (EUDI Wallet), la biométrie et la vérification à la source dessinent les prochaines lignes de défense. FAQ — Fraude documentaire par secteur Quels sont les secteurs les plus exposés à la fraude documentaire ? L’assurance, la banque, la santé et la rénovation énergétique sont les plus touchés en 2026, car ils traitent de gros volumes de justificatifs dans des parcours digitalisés. Combien coûte la fraude documentaire en France ? Plus de 65 milliards d’euros par an, soit environ 2,5 % du PIB, avec une hausse de 244 % des fraudes numériques entre 2023 et 2024. L’IA a-t-elle aggravé la falsification de documents ? Oui : 42,5 % des fraudes du secteur financier sont générées par l’IA, mais elle reste un accélérateur plus qu’un faussaire autonome. Comment améliorer la prévention et le taux de détection ? En combinant des outils augmentés par l’IA comme Tessi SMARTCONTROL et son module FRAUD DETECTOR avec l’expertise humaine, la vérification à la source et une double validation des dossiers sensibles. La fraude documentaire menace-t-elle la réputation des entreprises ? Oui. Au-delà des pertes financières, une fraude non détectée fragilise la confiance des clients ; 69 % des entreprises françaises ont déjà été ciblées.